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[Sci-fi] Fièvre rose – Chapitre 5

[Sci-fi] Fièvre rose - Chapitre 5



Plouf ! Et voilà que je peux respirer sous l’eau. Nageant dans l’immensité d’un océan sans bornes, je me retrouve nue au milieu de gens nus. Nouvelle extraordinaire, je suis pleinement lucide et ne me réveille pas. Cet état de fait m’octroie un pouvoir rare sur la fondation du monde. Je crains que cela gâche mon expérience dans l’hyperrêve. J’intellectualise déjà. J’analyse. Je juge.

Je ne suis pas surprise par ce que j’observe. Mes voisins aquatiques ont des hanches de femmes, un pénis au-dessus du vagin et une poitrine. Ils sont imberbes, mais ont des poils pubiens sous les aisselles et sur la tête. Ni les visages ni les épaules ne prêtent à confusion : ce ne sont pas des hermaphrodites, ce sont des femmes à bite. Je m’offusque déjà quant aux témoignages narrant une identité de genre non binaire, l’androgynie et l’intersexualisation à Fièvre rose. Ce n’est clairement pas le cas.

Je fais amende honorable en réalisant que je suis peut-être l’architecte de ce qui m’entoure. J’aime les femmes; et peu importe si je suis tombée amoureuse d’un transsexuel qui s’affirme non binaire.

Je reste pensive, trop pensive. Difficile de se mettre dans le bain dans ces conditions. Je suis sensible à la fraîcheur et l’humidité pourtant aussi bien que je le serais dans la réalité. C’est vraiment troublant.

Je suis une grande sentimentale, très attachée à l’exclusivité de l’un pour l’autre dans le couple, et pourtant, même consciente, je ne peux réprimer ici un désir de nouvelles rencontres. Ce serait ridicule de ne pas profiter de vivre dans un songe pour être quelqu’un d’autre. Je définis mon rôle. Je regrette aussitôt, maudissant mon absence de spontanéité. J’en ai marre de réfléchir. Rideau.

Le sujet numéro trois cent quatre-vingt-douze a atteint la maturation à sept heures, zéro deux. Corpulence OK. Maturation sexuelle OK. État psychologique conforme aux attentes. Attend confirmation pour transfert en salle d’éveil.

On peut tomber de l’océan. Je lève les yeux. Du plafond liquide tombe une pluie d’humains. Je manque à plusieurs reprises de prendre quelqu’un sur la tête. Vite relevée de ma propre chute, je cours en aveugle pour échapper aux coups. Haletante, je traverse à toute allure ce qui m’apparaît comme un gymnase vide de meubles. Je suis poursuivie par les projectiles vivants. Tout le monde ici semble m’imiter. Je jure. Je ne profiterais même pas de l’illusion de faire de nouvelles connaissances.

Le gymnase s’affine bientôt pour devenir un long couloir d’autant plus oppressant que le bruit d’un troupeau en battue se fait croissant dans mon dos. Etre poursuivie par des imitateurs ? Quel est donc là mon curieux sort ?

J’atteins un puits en cul-de-sac. Intriguée, mais pas inquiète, je saute dans le trou sans une hésitation. J’atterris rudement sur un banc de sable. Repoussant mes limites d’endurance, je reprends ma course aveugle pour ne pas "mourir" étouffée par un tas de parachutistes sans parachutes. Hors de question de quitter le rêve aussi tôt. Je suis exténué. Alertée par le silence, je m’interromps dans ma lancée et me retourne. Je n’ai pas été suivie. Intriguée, je rebrousse chemin jusqu’à l’ouverture du puits qui m’a conduite dans un bas fond souterrain désertique. Je remarque calmement que mes poursuivants forment un bouchon qui obstrue le puits. C’est un peu absurde, mais ce n’est pas réel après tout. Je suis de plus en plus triste de ne pas me laisser emporter par la magie des lieux. Enfin, j’ai tout de même craché mes poumons pour échapper à une menace illusoire. Je me sens partir et panique.

Mon corps encaisse tout à la fois le choc du passage de la respiration amphibie à la respiration aérienne, de mes deux chutes et de la course sans échauffement.

Je m’effondre. Non ! Je ne veux pas me réveiller ! Je ne veux pas me réveiller !

*

Elle dort comme une pierre. Encore une belle réussite, camarades !

Les opérateurs du sommeil-transe se félicitent de la réussite de l’incubation de Gween en claquant des mains avec vigueur. Les applaudissements résonnent dans la salle blanche. Gween disparaît presque sous le tas de fils.

Quand même, à notre époque, c’est frustrant de ne pas pouvoir espionner les pensées de nos semblables.

T’aimerais ça, hein, Kyle ? Voir Gween baiser dans ses rêves ?! Je suis sûr que c’est une sacrée salope quand elle dort !

Mary rit grassement et provoque la contagion de ses collègues, sauf Kyle, qui rouspète avec colère, sans réfuter les propos de son ami.

Vous êtes cons !

Le groupe trois n’y va jamais avec les gants en dehors de la salle blanche, où l’expression ne s’applique que dans son sens strictement littéral. Les précieux gants en plastique souple sont cependant indispensables pour isoler le patient des bactéries et autres micro-organismes présents à la surface de la peau humaine, de même que l’ensemble de la combinaison que les comparses inséparables revêtent à contrecoeur. Ils aimeraient bien rester nus, se frotter les uns aux autres entre deux câblages, devenus fous du contact physique depuis les fameux évènements.

Comment a-t-on pu en arriver là ? Pourquoi ne peut-on pas baiser en dehors des rêves ? La fine équipe qui a vu sa libido faire un retour triomphant dans leur imaginaire depuis les fameux évènements se tord le ventre de dépit. Ils sont impuissants. L’humanité entière bande mou et mouille sec. C’est en vain qu’ils s’essaient à prendre du plaisir dans l’acte. C’est presque techniquement impossible de toute façon. Des millénaires d’abstinence et de fécondation in vitro, alliée à des modifications génétiques volontaires ont rendu l’espèce impuissante. Ils ont renoncé au sexe pour pousser la chose intellectuelle à son paroxysme.

L’individu s’est individualisé jusqu’à élever le contact humain au rang de superflu. Il n’a plus communiqué qu’avec la machine qui s’est chargée à sa place de synthétiser le savoir commun, duquel le savoir social et sentimental a été exclu. Développer l’intelligence, ce fut développer le pouvoir de transformer les objets, modeler l’informatique et le vivant, jusqu’à aujourd’hui où un bienveillant monarque construit avec des transistors possède le pouvoir absolu. Loin d’être une victime contrainte par ce qui serait un monstre de fer tyrannique, l’individu a volontairement érigé un être pensant suprême pour le suppléer dans ses décisions.

Le bonheur : le monde entier a sacrifié sa liberté à la machine pour l’atteindre. Le bonheur n’est cependant pas chose acquise et chaque seconde qui passe le met en danger. Autre préoccupation : il y a toujours cette incertitude qui les fait douter d’avoir atteint un bonheur maximal, quoique par souci de maximiser le bonheur, la machine ait manipulé les humains pour détruire chez eux cet inconfort de l’esprit.

Pendant que la société, de nouveau collective, nomme à titre posthume "la première éternité", l’instrumentalisation fut totale. Il était le temps de développer les capacités de la machine à traiter la question. Aujourd’hui, May, Kyle, Maxence et Billie sont soumis à la première expérimentation du fabricant de bonheur, fonder Fièvre rose, un univers alternatif forgé dans les rêves.

On est tous de la merde. Regardez ce que nous sommes devenus. Des experts. Mais experts en quoi ? On a tout misé sur la puissance de calcul, et maintenant, je me demande bien ce que nos ancêtres penseraient de nous. Est-ce que c’est un comportement idéal, un optimum, notre façon d’agir là ? Cela me rend fou. On avait accès à des tonnes d’archives sur le comportement sexuel humain, les relations, les sentiments, le respect et tous ces trucs. On s’est tous attelé rigoureusement à sélectionner les meilleures sources de la connaissance informatique, et l’on a consommé quelques archives à chier prises au hasard en ce qui concerne le reste, et encore, y a des histoires sordides à l’unité sept. Il y a des gens qui essaient de forcer de partout. La communication, c’est plus vraiment notre fort, et le retour des pulsions sexuelles fait des dégâts. La machine veille au grain; mon cul ouais. Pourquoi est-ce que je m’exprime si mal ? Pourquoi un jour, se comporte-t-on comme des gens bien qui se respectent, et un autre, cela part-il en couilles ? T’as pas honte, Mary, de parler de Gween en ces termes pendant qu’elle dort ? Merde, les gens, respectez-vous.

Maxence termine son monologue. Mary ne tarde pas à réagir.

Wow wow ! T’as pris quoi aujourd’hui pour débiter autant de mots d’un coup comme ça ? Alors, ben, Monsieur le maître de la communication : Je t’emmerde. Gween, elle dort alors je lui parle comme je veux.

Un silence s’installe en salle des opérations. La culpabilité, la honte d’être maladroit, et surtout, la frustration de ne pas être capable d’user de la logique et du raisonnement abstrait pour optimiser la relation humaine plonge la troupe dans un profond désarroi. Mary, sortant de la torpeur venue subitement interrompre les ébats, reprend finalement la parole.

Bon et bien, je vois que vous méditez sur la communication, c’est très bien. Je vous emmerde. J’en ai plus que marre d’être incapable de me branler. Je vais pas en plus me poser la question de si, chacun des mots que je prononce pour m’exciter sont acceptable ou pas. Alors, si en plus, je fais comme toi, à questionner si mon comportement a de bonnes fondations, et on nen a foutrement aucune idée, hein, de la formule du comportement parfait, non, mais c’est du délire. J’en ai marre de la branlette intellectuelle, je veux me branler en vrai moi. Tout le monde réfléchit beaucoup trop ici.

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