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Un quart de siècle – Chapitre 1

Un quart de siècle - Chapitre 1



Tout le monde travaille. En tout cas, tout le monde doit travailler. Selon certains codes de notre société ; il est admis que seul le travail permet de survivre à travers le capitalisme et la mondialisation. Bangladais, brésilien, rwandais, italien… Chaque être humain doit contribuer à cette énorme machine infernale qu’est le système. C’est également le cas de Marion : 25 ans, citoyenne française et employée d’une des plus grosses agences financières d’Europe. Située en plein quartier bourgeois, cette entreprise compte parmi la (courte) liste des quelques boîtes qui font la fierté de l’état Français. Fonds d’investissements, vente et achat d’actions, analyses financières ; voilà dans quel environnement évolue Marion… en tant que secrétaire.

Marion est une jouvencelle. Jeune, intelligente, séduisante ; c’est le genre de fille que l’on aime éperdument ou que l’on déteste de toutes ses tripes tant sa beauté est insolente. C’est le genre à faire stopper net les conversations de wagon ou d’ascenseur, à faire déglutir patron et employeur.

Les hommes la désirent, les femmes la détestent ; bref c’est le genre de Marion. Il faut dire que ses origines multiples ont dû faciliter la transition des gênes. Moitié tunisienne moitié polonaise, la demoiselle a tout d’une apsara hindoue: gracieuse, élégante et surtout magnifiquement charpentée.

Ses yeux verts rappellent la couleur verdoyante et luisante de l’émeraude fraîchement déterrée des montagnes colombienne, ses longs cheveux roux foncé rappellent eux la teinte chaude et apaisante de l’astre solaire à son crépuscule. Sa peau est une peau de l’Est pure souche ; blanche, presque pale et seules ses taches de rousseur sur son visage relèvent son teint.

Marion complexe beaucoup à cause de son teint, et de ses cheveux. Elle aurait voulu être blonde ou brune, comme toutes ces filles si méchantes qui l’appelaient "rouquine", "lapin", "carotte" ou "lapin-carotte" au collège et au lycée pour se moquer d’elle (remarquez l’originalité et la repartie de midinettes pré-pubères). Jalouses de son éclat et de sa fraîcheur naturelle, beaucoup se sont moquées d’elle, beaucoup l’ont rabaissée au rang de minable, stupide pimbêche au corps de rêve, bêcheuse hautaine et décervelée, mégère prétentieuse et dévergondée ; telle fut la jeunesse de Marion.

Pourtant, contrairement aux ragots, Marion est toute l’opposée: gentille, généreuse, avenante, affable, humble… Tous ces qualificatifs sont encore trop éloignés du caractère tendre et mièvre de la jeunette. Pour faire court, son empreinte est celle d’une boule coco: tendre et fondant à l’extérieur et encore plus à l’intérieur. Bref, une reine.

C’est le jour de son anniversaire aujourd’hui: 25 ans ! Un quart de siècle comme on dit. Marion est contente d’avoir 25 ans. Il paraît qu’une femme ignore tout de sa féminité avant cet âge ; elle l’a entendu dire, c’est pourquoi elle est si contente d’avoir atteint les 25 années consécutives.

Qui sait ? Sa féminité sera peut-être révélée cette année.

En attendant, Marion est en couple avec Salim, un grand gars de 28 ans métisse comme on en fait plus. Yeux bleus, peau caramel, cheveux noirs, corps sculpté, bref ; Salim est le garçon dont toutes les filles rêvent.

Ils vivent tous les deux dans un petit appartement aux portes de Paris depuis déjà trois ans maintenant. Ils se sont rencontrés lors d’un vernissage organisé par une amie de Marion. Ils se sont parlé, se sont revus, ils se sont plus et ils ont conclu.

Salim baise Marion. Il la baise bien même, sans déchanter, depuis trois années. Les deux tourtereaux ont fait l’amour dans toutes les positions, dans toutes les pièces, sur tous les meubles de l’habitation. Ils l’ont fait dans la rue, au resto, au musée, à l’hôtel, en voiture, en voyage… à beaucoup d’endroits en fin de compte. Marion aime Salim, elle l’aime vraiment beaucoup, ils sont bien tous les deux ; mais elle n’aime pas Salim comme Salim l’aime. De confession religieuse, Salim souhaite avoir des enfants, il veut fonder une famille et un foyer avec Marion. Elle aussi, l’idée lui a traversé la tête, elle aussi elle aimerait bien avoir des enfants un jour, se marier, avoir une maison et tout le tralala ; mais c’est encore trop tôt pour elle, beaucoup trop tôt.

Voilà. Voilà où en est la vie de Marion au début de cette histoire. Casée avec son copain Salim, employée dans une entreprise à l’influence et au rendement colossal, habitant dans un petit appartement parisien.

Ce lundi, comme tous les lundis, Marion se rend à son travail. Quelques pas avant la bouche de métro, une dizaine de stations, encore un peu de marche puis la voilà arrivée au bureau. L’immense tour de verre, l’usine à fric, la planète financière, la galaxie Crédit ; ce genre d’entreprise au chiffre d’affaires égal au PIB d’un pays comme le Burkina Faso trouve sa raison d’être dans sa façon d’exister. Le genre de boîte dont la fermeture entraînerait l’effondrement des sphères financières ; sphères qu’elle s’est acharnée à bâtir elle-même et dont elle dépend complètement. Un semi-remorque de sable déversé sur une plage caribéenne en quelque sorte.

C’est vrai que niveau "capitalisme immoral" on fait difficilement pire, mais Marion est contente de son job. Elle gagne (pas trop mal) sa vie, ses horaires sont flexibles et son travail pas trop pénible.

La chose que Marion déteste le plus dans son emploi, c’est ses collègues. Une bande de mâles pompeux, rustres et arrivistes à la délicatesse de pachyderme et aux remarques grivoises faciles. Depuis 1 an qu’elle est là, elle n’a entendu que sifflements et déblatérations salaces à son égard. Son sous-directeur la drague, les hommes du service la traque dans les couloirs pour espérer un effleurement accidentel et sa collègue secrétaire Chloé la snobe. Dans tout ce marasme professionnel, Marion tente de se démener comme elle peut pour remplir ses tâches quotidiennes. Elle fait de son mieux pour satisfaire chaque demande (à caractère professionnelle) tant bien que mal du haut de sa petite formation. Malgré ça, elle assure. De bons retours sur son travail la rendent satisfaite d’elle-même, heureuse d’avoir mené à bien sa mission.

Ce lundi, après la pause déjeuner avec Camille… Ah oui, parlons rapidement de Camille. C’est sa meilleure (et unique) amie dans l’entreprise. Employée au service des ressources humaines, Camille a rencontré Marion lors d’une simple pause-café. En quelques minutes, les deux donzelles ont très vite accroché l’une à l’autre. Camille aussi est pas mal foutue, ce qui lui vaut nombre de remarques et digressions sur son physique ; un point commun qui les a beaucoup rapprochées dans la boîte, mais trêve de mondanités.

Ce lundi, après la pause-déjeuner avec Camille, Marion a un rendez-vous. Vendredi dernier, la directrice des ressources humaines lui a demandé de venir la voir dans son bureau ce lundi ; elle a quelque chose à lui annoncer. Marion voit le truc venir d’ici: elle va se faire virer.

Quoi de plus normal ? La pauvre nana n’a qu’une simple formation et des centaines de candidats et candidates déposent des cv tous les jours. Elle le sait car c’est à elle que l’on a incombé la tâche de transmettre tous ces documents à sa DRH. C’est donc le cur serré qu’elle se rend à ce bureau.

Elle grimpe les trois étages qui la séparent des ressources humaines par l’escalier. Depuis quelque temps, Marion ne prend plus l’ascenseur, ou alors le moins possible afin d’éviter tout collègue un peu trop entreprenant avec elle. Elle arrive finalement à l’étage en question ; un long couloir s’étend de gauche à droite avec, tous les trois mètres, une porte avec une petite plaque en métal pour désigner le propriétaire de ce petit bureau.

Marion s’engage dans ce couloir, elle marche pendant une bonne petite minute avant de tomber sur la petite plaque métallique qui l’intéresse:

Sonia Leclerc – Directrice des Ressources Humaines

La pauvre Marion, qui pense déjà à son prochain emploi, toque timidement à la porte. Lorsqu’elle entend le mot "Entrez", c’est le jugement Dernier qui semble lui tomber sur la tête. Elle franchit la porte et s’avance craintivement face à son interlocutrice.

Face à elle, c’est une femme de 40 ans, les cheveux châtains et au tailleur irréprochable. Talons aiguilles, rouge à lèvres, décolletée ; cette dame semble réunir tous les aspects de la féminité exacerbée en elle. D’un il chassieux et fatigué, elle dévisage Marion, la regarde de long en large en faisant une petite moue du coin des lèvres. Elle ne l’aime pas cette Marion.

Voyant l’effarouchement et l’appréhension de la petite secrétaire, Madame Leclerc prend la parole:

— C’est vous "la" Marion du secrétariat ? fit-elle d’une voix brusque et tonitruante.

— Oui Madame Leclerc, c’est bien moi. lui répondit Marion d’une voix suave et tremblante.

— Ah… bien. la matrone grogne quelque chose du genre "c’est plus ce que c’était".

— Il… il y a un problème avec les cv que je vous ai transmis ? Parce que si c’est ça, il faut que vous sachiez que… Je voulais vous les amener plus tôt mais… Chloé, ma collègue… enfin… elle devait partir plus tôt ce vendredi et donc…

— De quoi me parlez-vous enfin ?! Laissez cette pauvre Chloé là où elle est. Ce que j’ai à vous dire vous concerne personnellement.

— B… Bien Madame Leclerc.

— Bon, pour faire court, l’assistante personnelle de direction est partie en congé maternité et nous ne pouvons décemment pas nous passer de ce genre de service. fit-elle d’un ton sarcastique.

— D’accord mais… quel rapport avec moi Madame ?

— J’y viens j’y viens, ne soyez pas pressée jeune fille. Je disais donc que la direction a lourdement insisté pour que je lui envoie une nouvelle assistante. Je connais votre force de travail et votre professionnalisme ; vous êtes discrète, à l’écoute et vous êtes plutôt vive pour une fille dans votre genre. Vous voyez où je veux en venir ?

Marion baisse un petit peu la tête. "Pour une fille dans votre genre" ? Cela voulait-il dire que toutes les filles un tant soit peu jolies sont des crétines abêties ? Que dire face à une femme dont la jalousie du corps dégouline de par ses pores.

— Vous… Vous voulez que j’assure le remplacement ?

— Je savais bien que vous étiez vive ! fit Madame Leclerc d’un regard bercé d’ironie et de persiflage.

Vous démarrez demain à 8h précise. Ça vous va ? Vous verrez, c’est le même boulot sauf que vous pouvez vous faire licencier à chaque seconde de la journée. Ponctua-t-elle avec un rire narquois.

— Eh bien… dans ce cas… J’accepte. Dit Marion avec sa douceur habituelle.

— Parfait ! Je transmets votre décision à la direction. Je ne vous retiens pas plus longtemps, vous pouvez retourner travailler.

Au moment où elle allait s’éclipser, Madame Leclerc lui lance:

— Petit conseil pour votre nouveau job: ne la laissez pas vous entraîner dans ses habitudes sinon… Vous n’en reviendrez jamais.

— Ah euh… d’accord… très bien… merci.

Tellement heureuse de quitter l’atmosphère pourrie de ce bureau, Marion n’a même pas pris le temps de poser davantage de questions sur cet étrange conseil. Mais elle garde son emploi ; mieux: elle a été promue.

Encore en train d’encaisser la nouvelle, elle croise Camille qui vole vers le bureau de sa patronne. Elle lui annonce ; Camille est super contente pour Marion, elle l’aime bien Marion, elle a envie qu’elle s’en sorte. Une petite accolade, des rires enjoués puis retour au boulot.

Ne reste plus qu’à l’annoncer à Salim ce soir en rentrant.

Lui aussi est super content, il est fier de Marion, de son travail et de sa rigueur. Tout vient à point à qui sait attendre lui dit-il. Il est vrai que Marion n’est pas peu fière d’elle. Son travail acharné l’a fait connaître par la direction, ce n’est pas rien. Elle qui jamais n’avait espéré toucher autre chose que le SMIC, c’est une bonne ascension qui commence. Qui dit poste à la direction dit rehaussement du salaire, place de parking, pass pour le self etc… Tous ces petits avantages la rendent heureuse. Pour fêter ça, Salim lui offre une superbe partie de jambes en l’air sur le canapé. Il la prend en levrette pendant une longue demi-heure sans s’arrêter. Marion aime ça, elle adore ça, elle jouit comme une folle sous les coups de queue de Salim, elle jouit à s’en déchirer les poumons tant l’orgasme est fort et intense. Il faut dire que les 19 centimètres de Salim font bien leur travail.

Le dîner avalé puis au lit. Marion a du mal à dormir cette nuit, elle se tourne et se retourne dans tous les sens tant elle est stressée par sa journée de demain. Une promotion ça se mérite mais ça se prouve aussi, surtout les premiers jours. Elle a vraiment intérêt à faire bonne impression dès le début.

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