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Xscape – Chapitre 5

Xscape - Chapitre 5



SARAH

L’ambiance est étouffante, presque invivable.

Nous sommes tous les trois installés sur l’une des tables de la salle des petits-déjeuners, et si les quelques personnes autour de nous discutent entre elles ou planifient leur journée à venir, notre groupe est enfermé dans un silence poisseux. Et s’il faut que quelqu’un brise la glace, ce ne sera pas moi.

Je me contente de mastiquer mes céréales caoutchouteuses sans relever le nez de mon bol de lait. Je devine plus que je ne les vois Thomas et Matthieu se jeter des regards, mais ni l’un ni l’autre ne semble savoir comment se lancer.

Ce silence dure depuis cette nuit. Depuis mon…’’moment de folie’’. Encore maintenant je ne saurai pas bien expliquer ce qu’il m’a pris de débarquer devant les deux autres comme ça, nue comme un ver. Je ne voulais à l’origine qu’aller vider ma vessie, l’esprit embrumé par le sommeil qui ne m’avait pas encore tout à fait lâché. Quand j’ai ouvert mes cloisons et que je suis tombé nez à nez avec eux, je crois que mon cerveau a disjoncté. Je me suis pris le spectacle comme une voiture lancée à pleine vitesse se prendrait un mur de briques. En une fraction de seconde, les images se sont imprimées sur ma rétine, de Thomas concentré sur les hologrammes pornos de sa montre à Matthieu en pleine extase pendant qu’il éjaculait.

Je me suis mise à trembler comme une feuille. Je n’arrivais pas à remettre mes pensées à leur place, tout se bousculait en un infernal capharnaüm. Jusquà ce que cette idée me traverse l’esprit : Profite de l’occasion. Lâche-toi, toi aussi.

Sur le moment, cela m’avait semblé la seule chose à faire. La seule réaction logique à ce qui était en train de se passer. J’avais agi presque comme un automate. Je m’étais débarrassée de mes vêtements en moins de dix secondes et j’avais rouvert mes cloisons avant que ma timidité et mes complexes ne viennent me faire changer d’avis.

Mais bien sûr, ils ont fini par avoir raison de moi. Au bout d’une bonne trentaine de secondes à être plantée là, devant mes deux amies. J’ai eu envie de pleurer. Ou de les insulter. Ou les deux. Au lieu de ça je suis retourné en quatrième vitesse dans ma capsule, et j’ai passé le reste de la nuit à tenter de rationaliser cet épisode, sans parvenir à savoir s’il avait été néfaste ou bénéfique…

— A propos de cette nuit,…

Je relève instinctivement la tête, sortie de mes pensées. Les deux me fixent d’un regard mi-désolé, mi-inquiet. C’est Matthieu qui prend son courage à deux mains.

— Il faut pas que tu croies que c’est quelque chose qu’on a l’habitude de faire. Et encore moins qu’on voulait que tu voies ça. On a juste fait ça pour…

— Je sais très bien pourquoi vous avez fait ça, je le coupe.

Bien sûr que je le sais. Ils ont fait ça pour la même raison que je me suis retrouvée nue devant eux.

— On est désolés, je te jure, poursuit Thomas. On voulait s’éviter l’épreuve de nous voir comme ça en pleine partie d’Escape, et je crois qu’on s’est un peu enflammé. On n’aurait pas dû te laisser à l’écart.

— Ah parce que tu crois que j’aurai accepté de me masturber avec vous ? J’interviens à nouveau, un peu trop sèchement à mon goût.

— Non, bien sûr que non, c’est pas ce que je voulais dire…

— Ce qu’il veut dire, reprend Mathieu pour prêter main-forte à son ami qui perd ses moyens, c’est que c’est quelque chose dont on aurait dû discuter tous ensemble, calmement. On savait bien qu’il allait falloir passer par là, et on aurait dû s’attaquer tous les trois au problème. Mais tu sais comment on est, nous, les mecs… On agit avant de réfléchir…

— Ca pour agir… vous agissez.

Personne ne relève. Thomas a l’air complètement désemparé et ça me fait de la peine de le voir dans cet état. Surtout à cause de moi.

— Si tu veux tout savoir, c’est moi qui ai eu l’idée, continue Mat. Thomas n’était pas chaud mais je l’ai convaincu d’en finir avec tout ça.

Je sens le mal de tête pointer le bout de son nez. Je n’ai plus envie de les entendre parler de ça, je voudrais laisser cette histoire derrière moi. De toute façon, je crois que je ne leur en veux même pas. Et puis ce qui est fait…

— Au moins c’est fait, je conclus en repoussant mon bol. On s’est tous les trois vus nus. Donc la question ne se pose plus.

J’arrive à retrouver un ton plus doux et je vois les visages des deux autres se détendre un peu. Le moment est parfait pour leur exposer l’idée qui a germé dans mon esprit pendant les longues heures que j’ai passé assise dans mon lit.

— Je le pensais vraiment, ce que j’ai dit cette nuit. OK je suis plutôt réservée, j’ai des complexes et je ne suis pas particulièrement à l’aise avec la nudité et le sexe, mais je ne veux pas que vous me preniez pour la coincée de service. Si j’ai accepté de venir avec vous c’est justement pour surmonter tout ça. Et je compte sur mes deux meilleurs amis pour m’épauler, pas pour me laisser sur le bas-côté.

Ils acquiescent mais je ne prête pas attention à leurs paroles. Je veux aller au bout de ma pensée.

— Ce que je vous propose, c’est qu’on garde bien chaque chose à sa place. Il y a nous trois dans les escapes, avec tout ce qu’on va pouvoir voir, pouvoir… faire. Dans ces moments-là chacun de nous trois se montrera dans sa plus stricte intimité et fera entièrement confiance aux autres. Et il y a nous trois le reste du temps, comme nous l’avons toujours été, avec nos crises de fous rires, nos discussions passionnées et nos séances de karaoké improvisées dans la voiture. Je ne veux pas qu’un côté vienne empiéter sur l’autre.

— On a qu’à se dire que c’est pas nous qui jouons aux Escape ! Renchérit Matt qui a l’air convaincu par la démarche. Que c’est des sortes de personnages que l’on crée, comme quand on lance une partie de jeu vidéo et qu’on doit se créer un avatar.

— Tu as compris l’idée, j’approuve. Vous en pensez quoi ?

— C’est une super idée, répond doucement Thomas en m’adressant un sourire timide. Faisons ça.

— Nickel ! Motion adoptée !

L’atmosphère redevient tout à coup aussi légère qu’à notre départ. L’incident est clos, les choses peuvent reprendre leur cours.

— Bon du coup, demande Thomas tandis que nous retournons dans notre chambre pour récupérer nos affaires, c’est quel Escape qui nous attend aujourd’hui ?

Matt jette un il à sa montre avant de répondre.

— Cinq ! C’est à deux petites heures de route, on aura le temps de s’arrêter pour manger un truc.

— Cinq ? Je répète. Pourquoi Cinq ?

— Aucune idée. J’ai cherché des infos sur le Net quand j’ai fait la réservation mais ça ne m’a pas appris grand-chose. Tout ce que je sais, c’est qu’il est classé 2 sur 5 en difficulté et 2 sur 4 en sexo, comme celui qu’on a fait hier. Donc je pense que c’est pas insurmontable.

Chacun rassemble ses quelques affaires dans son sac et dix minutes plus tard, nous sommes prêts à quitter la chambre. Je vérifie que je n’ai rien oublié dans la salle de bain quand Matt ouvre la porte pour lancer sans ménagement son sac dans le couloir.

— Bon ! Tout le monde est prêt ? On peut décoller. Sauf si bien sûr Sarah a envie de rester un petit quart d’heure dans sa capsule et que Thomas et moi on s’en tape une petite pour la route…

Je lui jette un regard noir. Thomas lui, se contente de sortir de la chambre en le bousculant au passage.

— OK c’est encore trop tôt pour en rire… Reçu cinq sur cinq.

****

Nous arrivons au deuxième escape de notre road-trip pile à l’heure de rendez-vous.

Le hall d’accueil est en tout point similaire à celui d’hier, de l’agencement à la décoration. Une fois encore, une hôtesse derrière son pupitre vérifie notre réservation, notre majorité, nos préférences sexuelles et – chose plus étonnante – nous demande d’ouvrir nos manteaux pour voir comment nous sommes habillés. Puis nous sommes invités à patienter jusqu’à ce qu’un Game Master, répondant cette fois au nom de Harry, nous emmène à l’étage.

— Dites voir, l’interpelle Matt pendant que nous montons les escaliers. Pourquoi la salle s’appelle Cinq ?

— Parce qu’il faut bien leur donner un nom, répond Harry, volontairement laconique.

— Ahah, bougonne Matt dans ses moustaches. Et si toi je décidais de te donner ’’Blaireau’’ comme nom ?

Dans ce qui ressemble à un rituel qui nous attendra visiblement à chaque cession de jeu, nous sommes invités à prendre une douche, enfiler un peignoir par-dessus nos vêtements et avaler une pilule préservative. Puis Harry nous entraîne dans un long couloir étroit aux murs presque intégralement recouverts de calendriers. Des calendriers vintage, encore au format papier, tous affichant des photos sexys d’hommes et de femmes plus ou moins légèrement vêtus dans des poses suggestives, parfois carrément vulgaire. Les deux autres ne savent pas où donner de la tête et Matt’ manque s’encastrer dans Thomas, trop occupé à baver devant la photo d’un pompier bodybuildé jouant avec sa lance pour faire attention à où il met les pieds. Ce corridor interminable nous mène enfin jusqu’à l’antichambre de notre salle, où Harry nous briefe joyeusement.

— OK, les gars ! Bienvenue dans Cinq ! Maintenant que nous y sommes, vous pouvez me poser vos questions si vous en avez !

Matt ouvre aussitôt la bouche.

— Pour te répondre, jeune homme, reprend Harry avant qu’il n’ait pu dire quoi que ce soit, si tu décidais de m’appeler Blaireau, je trouverai ça pas très flatteur. Mais tu es libre de m’appeler comme bon te semble, si ça peut te faire plaisir.

Je sens le rouge me monter aux joues, honteuse pour mon ami, mais lui ne hausse même pas un sourcil. Il lui en faut bien plus que ça pour le décontenancer.

— Merci de l’info, réplique Matt’, mais je me contenterai de ma première question : Pourquoi Cinq ?

— Eh bien Cinq pour de nombreuses raisons. D’abord parce que l’Escape Game dans lequel vous vous apprêtez à entrer consiste en une sorte de course d’obstacles. Obstacle au nombre de cinq, vous vous en doutez, que vous devrez tous franchir. Ce n’est qu’en résolvant la dernière énigme qui se présentera à vous que vous pourrez sortir et être déclarés vainqueurs. Si vous franchissez les quatre premiers obstacles avec succès mais que vous coincez sur le dernier, ou si vous ne parvenez pas à réaliser les cinq défis dans le temps imparti, le jeu est perdu.

— Et ce temps imparti justement, il est de combien ? Demande Thomas, déjà concentré sur le jeu.

— Il est de soixante-quinze minutes. Soit cinq quarts d’heure. Libre à vous de gérer votre temps comme bon vous semble une fois à l’intérieur !

Il s’interrompt un instant pour fouiller la poche de sa veste.

— Cinq est aussi le nombre de Bonus auxquels vous aurez droit !

Il tend à Thomas cinq jetons métalliques aux couleurs de l’enseigne.

— Si vous vous sentez bloqués à un moment ou à un autre, il vous suffira de glisser l’un de ces jetons dans la fente prévue à cet effet pour recevoir une aide à la résolution. Il pourra s’agir d’une indication, d’un indice sonore ou de n’importe quoi d’autre en fonction du stade où vous en êtes. Lorsque vous arriverez à la cinquième étape – l’étape finale – vous ne pourrez pas les utiliser, mais chaque jeton inutilisé dans les quatre premières étapes vous rapportera cinq minutes de temps additionnel. Est-ce que tout est clair pour tout le monde ?

Je hoche la tête à l’instar de mes camarades sans pour autant être certaine d’avoir tout bien saisi, mais je ne m’inquiète pas pour ça. Je suis sûre que Thomas lui, se souviendra de toutes les instructions.

Harry pianote sur sa montre avant de se diriger vers la sortie en pointant du doigt la porte qui nous fait face.

— Cette porte s’ouvrira dans cinq secondes à partir du moment où j’aurai quitté la pièce. Vous pourrez alors vous lancer à l’aventure. Bonne chance !

Il sort et nous nous rapprochons tous les trois de la porte en question, visiblement prêts à en découdre, mais Harry repasse la tête dans l’embrasure, derrière nous.

— Ah et j’ai oublié de vous dire, l’une des raisons pour laquelle cette salle s’appelle Cinq, c’est que ceux qui lisent vos aventures en sont en ce moment au Chapitre 5. Mais bon, ça nous apportera rien de le savoir.

Il disparaît à nouveau et nous nous regardons bêtement en se demandant ce qu’il a bien pu vouloir dire, mais avant que l’on puisse y réfléchir davantage nous entendons un déclic. Sans perdre une seconde, Thomas ouvre la porte d’accès à la Salle.

Une vague de panique m’envahit sans crier gare au moment où je rentre dans la salle et que la porte se referme derrière nous. Cette même impression qu’hier en rentrant en jeu, cette idée tenace que je n’ai rien à faire là, qu’il faut que je parte au plus vite avant que les choses ne deviennent trop compliquées. Mon trouble doit se lire sur mon visage, car Thomas pose une main réconfortante sur mon épaule.

— Hé, ça va aller, d’accord ? Souviens-toi, ce sont nos avatars qui jouent, pas nous. Il n’y paraîtra plus rien une fois qu’on sera sortis d’ici.

J’acquiesce avec un sourire. Que Thomas prenne le temps de me réconforter en pleine partie est un petit miracle en soi, lui qui se lance toujours corps et âme dans les Escape auxquels il joue en occultant tout le reste.

— Allons-y, Matthieu ne sera pas fichu de trouver quoi que ce soit sans nous, je réponds pour signifier que le jeu pouvait commencer.

En l’occurrence, même si j’avais dit ça sur le ton de la plaisanterie, j’avais vu juste. Matthieu est planté au milieu de la pièce, les bras croisés, le nez en l’air.

Il faut dire qu’il n’y a pas grand-chose à examiner. Nous sommes dans une salle plutôt petite, complètement vide de tout décor, aux murs recouverts d’une sorte de petits carrelages blancs qui reflètent une lumière venue de nulle part.

— Bon, à mon avis les premières salles sont les plus faciles, annonce Thomas en retrouvant sa place de chef d’équipe, alors il faut essayer de les terminer le plus vite possible histoire de garder un maximum de temps pour quand les choses se corseront.

— Je veux bien, réplique Matthieu, mais on est censé faire quoi, là, au juste ? Y a rien à examiner, rien à fouiller, aucune énigme…

— Seulement des murs… Je complète.

— S’il n’y a que des murs, c’est que c’est là qu’il faut chercher. On prend chacun un côté, essayez de trouver quelque chose qui cloche. Un petit détail, n’importe quoi.

On s’exécute sans perdre une seconde et je me dirige vers le mur de droite à la recherche d’indice. Je balade mes mains sur quelques-uns des carrelages froids et lisses, tente de repérer une marque, une fissure dans les joints ou dans les angles. Sans succès.

— Woh ! C’était quoi ça ? S’exclame tout à coup Matthieu.

— Quoi, ça ? Qu’est-ce que tu as trouvé ?

— Y a eu comme un flash, vers le plafond. Vous avez pas fait gaffe ?

Je hoche la tête en signe de négation en même temps que Thomas, qui réfléchit déjà à toute vitesse.

L’un de nous a peut-être appuyé sur un carrelage qui fait office d’interrupteur. Essayez de remettre vos mains là où vous les aviez à l’instant. Matthieu, garde les yeux là où tu as vu le flash.

J’appuie sur plusieurs carrelages, essayant de me rappeler sur lequel je viens d’appuyer exactement, quand Matthieu s’exclame à nouveau.

— Là ! Sarah, c’est toi. Rappuie au même endroit.

J’appuie et lève les yeux. Matt avait raison, il y a bien quelque chose qui se projette sur le plafond de la salle. Je me tortille pour comprendre de quoi il s’agit sans lâcher l’interrupteur.

— C’est une série de lettres…

— Un code secret ? Un cryptogramme ? Thomas si c’est ça, ça va être à toi de jouer, t’es le seul qui s’y connaisse.

— Je crois pas que ce soit codé, répond l’intéressé, on dirait plutôt que c’est un message en clair mais qu’il n’y a qu’une lettre sur deux.

— Un autre interrupteur à actionner pour avoir tout le message ? Je propose.

— Sûrement. Garde bien ta main sur le carrelage et regarde le plafond. Matt et moi on va essayer de trouver le deuxième. Dis-nous quand tu vois quelque chose.

Les deux garçons entreprennent d’appuyer un à un sur les carrelages de leur mur respectifs tandis que je me concentre autant pour surveiller que la partie manquante du message s’affiche que pour tenter de déchiffrer celle qui est déjà visible sans les lettres manquantes. C’est finalement Thomas qui trouve le fameux carrelage, presque au niveau du sol.

— C’est bon ! Je crie. Thomas, ne bouge plus. Matthieu, tu peux lire, je vois mal de là où je suis.

— Bienvenue dans 5 ! Vous voilà lancés dans une aventure dont il vous faudra sortir vainqueur coûte que coûte. Petit conseil : Abandonnez ici ce qui vous retient. Vous devez laisser derrière vous tout ce que vous connaissez si vous voulez relever les défis qui joncheront votre parcours. OK ça a beau être un message en clair j’y pige que dalle !

Un bruit de glissement nous coupe dans nos réflexions. Une trappe s’ouvre sur le sol, en plein milieu de la pièce, grande de l’équivalent de cinq carrelages sur cinq.

— Il faut descendre là-dedans, vous croyez ? Je demande en me rapprochant du trou qui ne laisse rien voir d’autre que l’obscurité.

— Ca m’étonnerait, c’est super étroit. Je suis même pas sûr que je passe.

— Il faut abandonner quelque chose, réfléchit Thomas à voix haute. J’imagine que c’est là-dedans qu’on doit s’en débarrasser.

— Qu’est-ce que tu veux qu’on abandonne ? Y a que dalle ici, et ils nous ont rien donné à part les jetons Bonus…

Je comprends ce que nous devons faire en même temps que Thomas qui me jette un regard un peu perdu.

— Vous avez une idée, vous ? Insiste Matt.

— Nos vêtements, je réponds. Il faut qu’on balance nos vêtements là-dedans.

Matthieu hausse les épaules. Thomas se gratte la tête dans un geste nerveux.

— Bon bah… je crois qu’on y est, dit-il, on rentre dans le vif du sujet. Tout le monde est à l’aise avec ça, c’est OK ?

Je hoche la tête sans être convaincue de ma réponse. Je me répète en boucle ’’Ce n’est pas toi qui joues, ce n’est pas toi qui joues…’’ comme une litanie. Une incantation pour garder mon stress le plus éloigné possible de moi.

— Peut-être qu’on a pas tous besoin de le faire, lance Matt. Si vous voulez je me fous à poil et on voit ce qu’il se passe.

— Non, on fait ça ensemble, je rétorque, moi-même surprise par mon aplomb. On est une équipe, on fait tout en équipe.

— OK, ce qu’on va faire c’est qu’on va balancer nos fringues au fur et à mesure dedans pour voir si c’est suffisant. De toute façon, je pense que les peignoirs on peut les garder.

Je me débarrasse de mes chaussures que je balance dans le trou, suivies de près par mes chaussettes. Les deux autres m’imitent sans que rien ne se passe.

— Ca aurait été trop beau… s’exclame Thomas. Allez, on continue.

Il se débarrasse de son peignoir pour pouvoir retirer son pull et son tee-shirt.

— Euh… Sarah, tu veux peut-être qu’on ferme les yeux pendant que tu retires les tiennes ? Moi et Thomas on se déshabillera après.

— Mon petit Matt, je t’ai vu carrément éjaculer en faisant une tête de psychopathe schizophrène, c’est un peu tard pour penser à la pudeur, je réponds en enlevant mon peignoir à mon tour. Retire tes fringues, on a pas de temps à perdre.

Il me regarde, choqué, avant d’exploser de rire. Je me laisse petit à petit séduire par l’idée d’être quelqu’un d’autre pendant les jeux, d’endosser un rôle qui n’est pas le mien, de jouer un personnage créé de toutes pièces. Un personnage fort, libre. Vivant.

Nous jetons les uns à la suite des autres nos vêtements dans la fosse sans que cela ne produise le moindre changement. Je sens une boule se former au creux de mon ventre au moment de retirer mon soutien-gorge, mais je la refoule aussi sec. Mon personnage peut le faire. Elle n’a aucun problème avec ça.

— Bon… bah je crois qu’ils veulent la totale… soupire Thomas tandis que nous n’avons plus que nos sous-vêtements.

Il a l’air un peu gêné par la situation, et je le comprends très bien. Matthieu lui, se balade en boxer comme si c’était la chose la plus naturelle du monde.

— On se lance ?

Nous décidons de remettre nos peignoirs avant de nous dénuder entièrement, et Thomas en profite pour prendre les jetons laissés dans son jean. Puis nous lançons nos sous-vêtements en même temps.

Il s’écoule de longues secondes sans que rien ne se passe, et l’espace d’un instant je crains de devoir abandonner aussi mon peignoir.

— Vous croyez qu’on a…

L’obscurité me coupe dans ma phrase, l’espace d’une microseconde. A peine le temps d’un clignement d’il, comme quand la tension fait soudain des siennes sur le réseau électrique.

— Réussi… Putain c’est quoi ce délire ?

Nous ne sommes plus du tout dans la pièce où nous étions la seconde d’avant. Nous n’avons pas bougé d’un centimètre, mais tout le décor autour de nous s’est métamorphosé.

— La vache, c’est énorme ! Comment ils font ça, vous croyez ? Demande Matt, abasourdi.

— J’en ai aucune idée, mais ça fout un peu les jetons, avoue Thomas qui n’en revient pas non plus.

Nous sommes désormais dans ce qui ressemble comme deux gouttes d’eau à un laboratoire d’analyse médical, avec ses paillasses débordant de fioles, ordinateurs, microscopes et appareils en tout genre. Des armoires pleines de boîtes et de livres se partagent les murs avec des posters représentant entre autres le tableau périodique des éléments ou l’anatomie humaine sous toutes les coutures. Je remarque aussi une fente surmontée d’un écriteau BONUS, à utiliser si nous avons besoin d’aide.

— On a mis un tout petit peu plus de dix minutes pour le premier défi, indique Thomas en montrant un chronomètre digital sur le mur du fond. On est pas mal, il faut rester sur la même lancée. On fait comme d’hab’, on se sépare et on fouille.

Nous reprenons à nouveau chacun nos recherches, à la différence près que cette fois nous sommes tous les trois nus sous nos peignoirs. Étonnamment, j’y pense à peine. Je n’irai pas jusqu’à dire que je trouve ça normal, mais en tout cas je m’en accommode sans trop de difficultés. J’entreprends de fouiller la paillasse la plus proche de moi.

— Hé ! Un cadenas à code sur une armoire fermée, ça vous intéresse ?

Thomas et moi rejoignons Matthieu visiblement ravi de sa découverte.

— Un code à quatre chiffres… Reste plus qu’à trouver lesquels mettre. Essayez de chercher autour de l’armoire.

Il me faut moins d’une minute pour tomber presque par hasard sur une petite lampe de poche scotchée sous un tabouret.

— Ça ressemble à une lampe ultra-violet ou quelque chose comme ça, commente Thomas. Essaye de…

Je n’attends pas qu’il ait fini sa phrase pour actionner la lampe et promener son faisceau sur les portes de l’armoire.

— Là ! C’est écrit galA.

— Avec la dernière lettre en capitale. Il faut sûrement le lire à l’envers.

— Alag ? Traduis Matt. Mais ça veut rien dire !

Thomas balaye la pièce du regard à la recherche d’une aide quelconque. Il semble finir par trouver, car il se dirige d’un pas décidé vers le tableau périodique des éléments affiché au mur.

— Il nous faut quatre chiffres, et on a quatre lettres. Dans le tableau périodique, les éléments sont identifiés avec une abréviation de deux lettres, et la plupart ont un numéro atomique composé de deux chiffres. Alors avec un peu de chance…

Il observe le tableau jusqu’à poser le doigt dessus.

— Là, je l’ai ! AL, pour aluminium. C’est le numéro 13. Et ensuite… AG ! Argent, numéro 47.

— OK, ça fait 1347. Rentré à l’envers…

Matthieu joue avec les bagues du cadenas jusqu’à ce que celui-ci s’ouvre en cliquetant.

— Sérieux, on est trop bons, à trois.

Il balance le cadenas dans un coin de la pièce et ouvre en grand les portes coulissantes de l’armoire. Nous nous rapprochons tous les trois pour examiner son contenu.

Elle est complètement vide à l’exception d’un pupitre blanc qui nous arrive à la taille. Sur le pupitre, trois lamelles de verre reposent sur des présentoirs en plastique derrière trois encoches rectangulaires.

— OK… je souffle, dubitative. Qu’est-ce qu’on est censé faire avec ça ?

Thomas saisit une des lamelles par les coins pour l’observer à la lumière, sans succès.

— Ca me fait penser aux lamelles que les chercheurs utilisent dans leur microscope… Vous savez, ils mettent leur échantillon dessus avant de l’observer.

— On doit trouver des échantillons ? Je demande en cherchant déjà du regard quelque chose qui pourrait s’en approcher.

— Attendez, nous coupe Matt, y a un truc là…

Il décroche d’une des parois de l’armoire une enveloppe noire à peine visible. Il l’ouvre et en sort un message.

PROCÉDURE D’ANALYSE

1- Effectuez les démarches nécessaires à la production de substance.

2- Prélevez un échantillon à l’aide deS lamelles de prélèvement.

3 – Insérer la lamelle de prélèvement dans la borne pour analyse.

— Les gars, on arrive petit à petit dans le vif du sujet ! S’exclame Matt’ en se débarrassant de la feuille.

— Pourquoi, tu y comprends quelque chose, toi ? Je demande, un peu perdue.

— On doit ’’prélever des échantillons de substance’’, explique-t-il visiblement sûr de lui. On est trois, et il y a trois lamelles, donc…

— Donc on doit prélever ses substances sur nous, complète Thomas. On fait quoi, on crache dessus ?

Je souris bêtement en entendant Thomas. Je ne sais pas s’il est soudain gagné par un élan de naïveté ou s’il se refuse à voir la réalité en face, mais sa réaction est assez drôle.

— C’est pas vraiment ce genre de prélèvement qu’ils attendent, à mon avis, dis-je en faisant à nouveau taire ma petite voix intérieure qui m’ordonne de fuir en courant.

— Thomas, t’es du genre à mouiller facilement de la queue ?

Thomas se fige, et j’avoue que j’accuse un peu le coup aussi. Nous sommes tous les deux habitués au ton direct et au franc-parler de Matt’, mais dans une situation comme celle-là, c’est assez bizarre à entendre.

— Euh… je. Non, balbutie Thomas. Enfin oui. Enfin, normal, quoi…

— Alors on dirait bien qu’on va faire un remake de cette nuit… Sauf que cette fois Sarah, tu vas être de la partie. Tu t’en sens capable ?

Je ne réponds pas tout de suite. Si j’ouvre la bouche maintenant, c’est pour dire non. Toute mon âme a envie de dire non. Mais mon personnage essaye de me réconforter en me chuchotant à l’oreille.

— Si c’est ce qu’il faut faire, je le ferai, je finis par répondre. Mais par contre euh… Se toucher dans un labo, comme ça ? C’est pas franchement…

— Ouais, t’as raison c’est pas super bandant, complète Matt.

— Il doit y avoir des stimuli quelque part, lance Thomas qui tente tant bien que mal de garder une contenance. Des images, des vidéos… Des trucs comme ça.

— Essayons les ordis ! Dans ma room d’hier le gars a maté du porno sur le sien, y en a peut-être dans ceux-là.

Nous prenons chacun un ordinateur à la recherche de quelque chose susceptible de réveiller nos libidos. L’écran du mien s’allume immédiatement et affiche plusieurs petites icônes. L’une d’elles retient aussitôt mon attention.

— Les gars, je crois que j’ai un truc !

Sans attendre leur réponse, je clique sur ’’PRÉLÈVEMENT COBAYE – MISE EN SITUATION.

La lumière s’éteint à nouveau pour se rallumer la fraction de seconde suivante. Le décor s’est une fois de plus métamorphosé.

La salle a gardé les mêmes proportions que le laboratoire, mais de ce dernier il ne reste plus que l’armoire avec son pupitre. En lieu et place des murs froids, des paillasses et des microscopes se trouvent à présent des tentures aux couleurs chaleureuses et trois canapés confortables, un sur chaque pan de mur libre. Au centre de la pièce, une gigantesque table basse croule sous les casques de réalité virtuelle, capsules holographiques et écrans pliables en tout genre.

— Une fois sorti d’ici, il faut vraiment que je leur demande comment ils arrivent à faire ça… murmure Thomas.

— Oui et bah si tu veux sortir à temps, il va falloir passer la seconde, le presse Matt. Regardez le chrono, ça fait presque un quart d’heure qu’on est là. On réfléchit pas, on y va !

Il attrape une lamelle de verre, se laisse tomber sur l’un des canapés et fouille sur la table pour trouver quelque chose d’intéressant. Je tourne la tête vers Thomas au moment où lui fait la même chose. Nos regards se croisent l’espace d’un instant et ma petite voix refait surface en hurlant.

— Il a raison, on réfléchit pas, balbutie-t-il avant de vite détourner le regard et se diriger vers le canapé du fond en courant presque.

Il saisit au passage une capsule vidéo au hasard et un casque de réalité virtuelle avant de l’enfiler sur son crâne pour échapper aux regards des autres. Matt enfile lui aussi un casque et s’installe au fond de son canapé.

J’ai du mal à ne pas rester plantée où je suis. Je sens mes mains trembler quand je prends la dernière lamelle de verre. Ma nervosité reprend le dessus et je me déteste pour ça. J’essaye de l’ignorer en promenant mon regard sur la table, mais aucune des images et des titres de vidéos que je vois ne m’inspire vraiment de désir.

J’entends les autres gigoter autour de moi, Matt sur le canapé face à moi et Thomas à ma gauche. Mon regard se pose sur eux presque malgré moi.

— Non, non, non, ma grande ! Pensé-je. Tu ne regarderas pas tes amis se masturber pour t’exciter. C’est hors de question !

Les images de cette nuit me reviennent en mémoire. Ce que j’avais vu avec autant de détails en ouvrant mes cloisons me semble désormais confus et brouillon. Je me souviens parfaitement du choc en lui-même mais pas de ce qui l’a provoqué. J’ai vu deux hommes se faire du bien…

Cette idée se fraye un chemin d’elle-même dans mon crâne et j’ai tout à coup envie que cela se reproduise, comme dans ma room d’hier sauf que cette fois les choses seraient bien réelles.

’’Sérieusement, c’est tes amis, faut être tordue pour penser à ça…’’

J’ai honte de moi. Je ne me reconnais pas. Je reporte mon attention sur les capsules vidéos et en pioche une au hasard.

Je perçois des mouvements face à moi. Matt doit être en train de défaire son peignoir pour être plus libre de ses mouvements. Et si je jetai un il ?

’’Non, je ne peux pas faire ça. C’est mon ami…’’

’’Mais il est gay… Il ne peut y avoir la moindre tension sexuelle entre nous, puisque je suis une femme et que les femmes ne l’attirent pas. Il n’y a donc aucune ambiguïté possible. ’’

’’Mais c’est du voyeurisme ! Ce n’est pas… bien ! ’’

’’TOI tu ne trouves pas ça bien. Et peut-être que Matt aussi d’ailleurs. Mais vos personnages, eux…?’’

Mon corps n’attend pas d’avoir fini de suivi le fil de mes pensées jusqu’au bout. Mon regard est irrémédiablement attiré vers le haut.

J’avais vu juste, Matthieu a ouvert son peignoir. Il est installé au fond de son fauteuil, jambes écartées.

Un frisson parcourt mon dos.

Il agrippe son sexe et lui imprime des mouvements de va-et-vient, le faisant peu à peu gagner en vigueur.

Je n’arrive pas à croire que je pense ça, mais je le trouve… terriblement sexy. La peau de son corps est un peu plus ambrée que ce que je ne pensais, il n’est pas vraiment musclé mais suffisamment dessiné pour être extrêmement agréable à regarder. Il a même ce fameux V qui me fait fondre chez un homme…

Ma main descend dessiner de petits cercles sur mon ventre. Je frissonne de la tête aux pieds…

Un petit filet de poils soigneusement entretenu descend de son nombril à son pubis qui lui est complètement imberbe. Son sexe se dresse désormais fièrement, parcouru de petites veines. Ses testicules bougent au rythme de ses mouvements de poignets.

Je suis presque surprise en sentant mon doigt caresser mon clitoris déjà gonflé.

’’Mon Dieu tu es en train de regarder l’un de tes meilleurs amis se branler et tu te touches face à lui…’’

Je ne saurai dire quel sentiment l’emporte : celui d’être complètement dépassée par la situation ou l’excitation grandissante qu’elle provoque.

Un deuxième doigt vient prêter main-forte au premier qui caresse délicieusement mes lèvres. Tout se bouscule dans ma tête. Matthieu juste en face de moi, avec toute cette masculinité, cette virilité exaltante qu’il dégage ; les vagues de plaisir émanant de mon entrejambe qui me font me mordre les lèvres ; les souvenirs fugaces de la nuit dernière, avec Matt le torse couvert de sperme et Thomas qui…

Thomas…

Une furieuse envie de l’inclure dans ce spectacle me prend et je me vois déjà tourner la tête dans sa direction mais cette fois, j’arrive à me raisonner.

’’Non pas Thomas… Matt c’est Matt, ça reste gérable. Mais Thomas… c’est Thomas. Je ne peux pas.

Je me force à garder le regard droit devant moi mais tout mon esprit reste focalisé sur ma gauche. Je perçois sans les voir des mouvements que j’interprète sans la moindre difficulté, j’ai même l’impression d’entendre le bruit caractéristique de sa main fermée se promenant sur sa verge en érection. Bordel ce que c’est excitant…

Quand je vois Matt devant moi se saisir de sa lamelle de verre, mon retour à la réalité est brutal. S’il retire son casque maintenant, il verra que je ne me suis servi d’aucune stimulation. Je dois faire vite.

J’attrape ma propre lamelle et l’applique délicatement sur mon intimité chaude et humide. Mon Dieu je ne m’étais même pas rendu compte que j’étais dans un tel état. C’est assez nouveau pour moi, surtout en si peu de temps.

Je réajuste mon peignoir pour être sûre d’être bien couverte et m’empresse de quitter mon canapé pour insérer la lamelle dans l’une des encoches du pupitre. Moins de dix secondes plus tard, Matt me rejoint pour y déposer la sienne.

— Eh ben ! Tu as fait vite ! Me fait-il remarquer. Tu as dû tomber sur un truc qui t’a vachement excité…

— Oui j’ai eu de la chance… Je réponds, laconique, en tentant de maîtriser mon souffle court et la flamme de désir que je sens encore brûler en moi.

Il sourit et se tourne vers Thomas comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. Mon regard se pose un instant sur la bosse que son érection encore vigoureuse dessine sur son peignoir et je déglutis bruyamment en gardant les yeux fixés sur la console.

J’entends finalement des bruits derrière moi et Thomas finit par nous rejoindre.

— Bien joué, mec ! le félicite Matt comme s’il venait d’accomplir un exploit sportif. Allez met ça dans la dernière encoche, qu’on sache si on a réussi.

J’espère ! Lâche Thomas. Je ne me vois pas avoir fait ça pour rien…

Il pose la lamelle de verre sur le pupitre et nous retenons tous les trois notre souffle.

Un instant plus tard, nous voilà de nouveau dans l’obscurité totale.

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