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Un dernier en-cas – Chapitre 1

Un dernier en-cas - Chapitre 1



Vingt heures et quinze minutes, le soleil de ce début d’été ne semble pas vouloir prendre congé après une journée à taper sans arrêt sur les crânes des citadins, poussant ceux-ci à se réfugier là où l’ombre les protège. C’est mon cas ce soir, petit bout de femme de vingt-quatre ans fraîchement diplômée prenant une semaine de vacances dans le sud du pays avant d’entamer mon premier contrat d’ici un peu plus d’un mois.

Assise seule dans les gradins d’un centre universitaire un smoothie à la main, vêtue d’une légère robe courte et d’un chapeau de paille acheter la veille à un marchand itinérant du centre-ville j’observe d’un il peu alerte les allées et venues des joggeurs et joggeuse de tout âge qui arpentent la piste entourant l’immense pelouse visiblement entretenue avec soin bien que l’année scolaire soit terminée. Ma présence dans ce lieu où, j’aime le penser, mon physique attire bien vite le regard des coureurs les moins concentrés. Certains sont particulièrement bien taillés, d’autres morphologies me laissent totalement indifférente mais à dire vrai, ce sont les étincelles présentes dans les yeux de certains qui font monter en moins une envie bien familière.

Après quelques minutes ma cible est choisie: un homme d’une quarantaine d’années à la peau tannée par l’astre solaire, de taille moyenne et à la musculature fine mais dont la carrure doit imposer le respect à ceux qui lui font face. Sa chevelure grisonnante ainsi que la couche de poil recouvrant ses joues et son menton me rappelle un ancien voisin qui fut le premier homme à alimenter mes fantasmes alors que je n’étais qu’en début d’adolescence. Je suppose que cet air de famille à beaucoup jouer sur mon attirance pour cet inconnu à ce moment-là, mais là n’est pas le sujet.

Un de ses passages sur deux je fais mine d’être absorber soit par mon cellulaire, sois par autre chose, mais quand le second vient mon regard rencontre le sien, remarquant assez vite que l’homme fini par me regarder à chaque fois, que je l’imite ou non. Il doit se demander si c’est bien lui que je regarde ou si mon regard ère sans raison, s’il me fait de l’effet ou bien s’il se fait des films. Cela m’amuse beaucoup, ce pouvoir de faire douter des hommes d’allure aussi imposante par ma simple volonté et voyant que celui-ci mord à l’hameçon aussi fermement, j’enclenche la seconde phase. Je le regarde passer maintenant à chacun de ses passages, osant un sourire en coin de temps à autre, un sourire qui peut tout et rien dire. Peut-être un rictus moqueur à la vue de son maillot qui change progressivement de couleur à mesure que la sueur l’imbibe, peut être un sourire de politesse gêné par les regards réguliers qu’il me jette, ou bien un sourire l’invitant à oser franchir le pas.

Je joue avec lui encore quelque temps avant qu’il ne se décide à stopper sa course, ralentissant à mi-parcours jusqu’à s’arrêter net à mon niveau, au bas des gradins. Il s’étire sans me regarder directement, seulement des coups d’il rapides sans doute pour vérifier que sa démarche n’est pas stérile. La réponse lui vient vite et celle-ci prend la forme d’un simple geste. Ayant les jambes croisées jusque-là, je décide de les ouvrir juste assez pour que le barbu s’aperçoive qu’aucun sous-vêtement ne voile mon intimité. Bingo, deux coups d’il plus tard, voilà le quadra qui louche dix bonnes secondes sous ma jupe puis plante directement ses yeux dans les miens à la recherche de certitude sur mes intentions encore une fois. Toujours aussi joueuse, un haussement de sourcil accompagné d’un fin sourire répond à ses questionnements mais étrangement cela ne suffit pas à convaincre le coureur, sans doute ne suis-je pas la première à le mettre en appétit de la sorte, Monsieur étant un homme d’expérience il craint davoir affaire à une énième allumeuse. A mon grand étonnement, c’est lui qui ouvre la conversation en m’alpaguant l’air de rien:

"-Excusez-moi, auriez-vous à boire par hasard ?"

Sa voix rauque et forte caresse ma peau à m’en donner des frissons, la voix d’un homme qui a l’habitude de commander.

Je joue la sourde oreille pour prétexter de descendre à son niveau afin qu’il répète sa question, ce qu’il fait de la même voix. Le bruit caractéristique d’une paille aspirant un fond de liquide en guise de réponse vis-à-vis de mon gobelet, je m’installe sans répondre sur un siège puis plonge la main dans mon sac à main, feignant de chercher une bouteille d’eau. J’en sors mon mobile, mon porte-monnaie ainsi qu’un préservatif mais aucune bouteille d’eau. Bien sûr, la vue du condom occupe trop ma cible pour qu’il se rende compte qu’un sac aussi petit et plat ne pourrait de toute façon contenir de bouteille aussi petite soit-elle.

"-Pas grave, il y a une fontaine à eau dans le gymnase je crois. Vous avez entendu du monde dedans en passant devant ?"

Ma réponse est négative une fois de plus mais je lui dis avoir aperçu un distributeur près de l’entrée du dit gymnase.

"-Je n’ai pas un rond sur moi." répond-il.

"-J’ai de la monnaie si ça vous convient !"

L’homme semble jauger le pour et le contre puis répond:

"-Non merci, une étudiante doit économiser son argent, vous en avez plus besoin que moi. Vous êtes en quoi, première, seconde année ?"

La question me fait rire du fait de la nature de son approche, le vieux coup de vanter la jeunesse. Je l’informe donc sur mon âge et les raisons de ma présence ici. Savoir que je viens initialement d’une ville située à plusieurs centaines de kilomètres change légèrement son comportement. Je le soupçonne d’être rassuré du fait qu’ici je ne connais personne et que personne ne me connaît, je me demande même s’il n’est pas professeur dans l’établissement adjacent. Toujours assise, je passe à la vitesse supérieure:

"-Une boisson pour vous et en échange…"

Mes yeux se posent sur la bosse présente sous son short avant d’enchaîner:

"-Vous me faites goûter la cuisine locale."

Ça y est c’est dit, il est impossible que le message ne soit pas passé. L’unique manière d’être plus directe serait de lui baisser directement le short mais cela est trop peu subtil pour être excitant. Le quadra me regarde tandis que je l’imite sans faillir, passant volontairement ma langue sur mes lèvres en guise de coup final.

"-Le soleil se couche et… ma femme fait une excellente citronnade."

Ses paroles me scotche littéralement. Est-ce que ce type hésite ? Je ne suis pas une gravure de mode certes, mais les centaines de regards que je reçois par jours de la part de la gent masculine depuis que je suis pubère m’ont convaincu que ma plastique ne laisse pas indifférents ces messieurs. Mais lui, le joggeur grisonnant, se permet d’hésiter? D’abord touchée dans mon ego, je m’interroge ensuite " serait-ce un reste de ce que nos parents et grands-parents appelaient naïvement fidélité? Cette notion que promeuvent les téléfilms à l’eau de rose interminables destinés aux ménagères ? Reprenant de l’aplomb après cet instant de doute, j’enfonce le dernier clou d’un coup sec:

"-La citronnade c’est pas mon truc mais y as tout un tas de chose que je fais bien mieux que votre femme."

"-Tu crois ça ?"

Le passage du tutoiement au vouvoiement me passe au-dessus de la tête, ma main se tend en avant pour saisir la ceinture de son short pour l’attirer, lui et ce qu’il contient, jusqu’à mon visage, faisant tomber mon chapeau en passant. Cette même main baisse d’un coup le devant de son vêtement pour libérer un membre de bonne taille sans être exceptionnelle. Mes yeux se lèvent vers son visage alors que le bout de ma langue vient titiller son gland, dessus, dessous, de tous côtés. Les inspirations prises par mon quadra à chaque coup de langue m’encouragent à me donner à fond. Ma langue parcourt sa verge sur toute la longueur, malaxant ses bourses doucement, les léchant même un peu tout en branlant son sexe contre mon visage. Tout cela sans jamais que mes yeux en amandes ne quittent les siens. Il semble se retenir, lutter contre le plaisir que je lui prodigue, pensant sans doute à sa bonne femme qui l’attend à la maison avec sa stupide citronnade. L’image pourrait me faire rire si je n’avais pas dès lors pris son sexe en bouche. Le bout tout d’abord, puis le reste, lentement, allant plus loin à chaque assaut jusqu’à ce que mon nez rencontre son pubis tandis qui râle longuement. Mon sophage masse son membre durant ma gorge profonde, mes mains plaquées sur ses fesses le retenant au plus profond de ma bouche. Ma tête recule lentement, ses yeux me font savoir que mon but est atteint: je l’ai marqué. A chaque fois qu’une pulsion sexuelle le prendra, à chaque fois qu’il prendra sa femme, à chacun de ses plaisirs solitaires, l’image d’une petite eurasienne inconnue lui lustrant la queue lui reviendra.

Mais la partie n’est pas terminée. Pour être sûre de mon affaire, je fais coulisser ma main sur sa verge, me tape le visage ainsi que ma langue tirée avec, un grand sourire sur le visage. Puis quand enfin les tics sur le visage de mon amant mature trahissent la venue de son orgasme, j’accélère la cadence en attendant les nombreux jets qui frappent mes joues et mon front pour couler jusqu’à mon menton. Ma main presse son sexe pour en faire sortir la semence qui s’écrase sur ma langue tirée, puis je le passe sur mon visage en tentant de recueillir son jus que je porte à ma bouche.

Fière de moi je me lève non sans avoir repris possession de mon couvre-chef et lance un sourire narquois au joggeur.

"-Vous passerez le bonjour à votre femme."

J’avance de quelque pas en direction de la sortie du stade, en route pour mon hôtel puis la gare. Ce furent de belles vacances pleines de bons souvenirs, au temps pour moi que pour l’inconnu j’en suis sûre.

Une voix rauque à présent familière vient à mes oreilles alors que ces pensées me traversent:

"-Quelle femme ?"

Mes pas s’arrêtent nets.

Impossible.

Aurait-il osé?

Je me retourne vers l’inconnu dont je ne perçois plus qu’un large sourire dans la lueur d’un réverbère.

"-Enfoiré…"

L’insulte est chuchotée sans que je ne m’en rende compte. Je pensais l’avoir eu, l’avoir possédé, avoir fait faillir sa fidélité, briser sa volonté quitte à oublier mon plaisir personnel.

Mais il n’en est rien, la dinde ce soir, c’est moi.

Le coureur grisonnant m’adresse un signe de la main puis s’en va en me tournant le dos tandis que je ris nerveusement, oscillante entre la colère et l’amusement. Mes mains en porte-voix, un dernier mot est crié à son encontre:

"-Enfoiré !!"

Un nouveau signe de la main m’est adressé sans que son auteur ne daigne se retourner. A mon tour je reprends mon chemin, rigolant de manière régulière tout le long de ma route.

Bien joué le grisonnant, bien joué.

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