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Addicte – Chapitre 3

Addicte - Chapitre 3



« Le moral tient parfois a peu de chose, le mien a cessé de jouer au yoyo samedi matin avec l’arrivée de mon oncle, Alain m’a offert un fabuleux voyage dans le temps et l’espace. Le souffle du hasard nous guida au travers des rues et des ruelles encombrées à la découverte de Montmartre qui étalait son insolente majesté à la face du monde, puis les réalisations de l’architecte Hausman se substituèrent aux uvres de la Renaissance. Le passage d’un siècle à l’autre se faisait sans heurt, on se trouva plus loin propulsés au Moyen-âge avant de nous faire rattraper par le modernisme.

Que garder de ces instants qui mis bout à bout tissèrent le canevas d’une journée de rêve, sinon le souvenir d’un magnifique été quand le mois de juillet se prélassait sur les rives de la Seine, le long des berges animées d’une vie particulière, sur la terrasse d’un bistrot de quartier digne d’une illustration de Francisque Poulbot, au cur d’une foule bigarrée sur l’esplanade du Centre Pompidou, face aux tours de Notre-Dame plantées dans un ciel généreux. On ne pouvait qu’aimer Paris dans toute sa splendeur.

Le souci constant fut d’éviter les discussions d’ordre privé. Comment expliquer à son oncle « j’ai fait l’amour avec une femme en âge d’être ma mère qui m’a fait prendre un pied phénoménal, depuis je n’arrive plus à penser à autre chose ». Par chance, Alain resta d’une discrétion louable. Après son départ en début de soirée, je fus saisie d’une furieuse envie de mettre de l’ordre dans mon existence. » J’étais hétéro normée depuis toujours, rien ne changeait ça.

Comme les autres, il fallut me plier aux pratiques banalisées au lycée sous peine d’être mise à l’index, la pire des punitions pour une ado. La découverte de la sexualité faisait partie du programme au même titre que le français et les mathématiques, coucher était une manière d’affirmer sa place dans un univers aux contours mal définis, attitude jugée normale par tout le monde, même si les mecs avaient une fâcheuse tendance à oublier la notion de plaisir partagée.

L’épanouissement se faisait attendre au point de douter de mes capacités à entretenir une relation normale. Bien sûr il ne fallait pas s’attendre à un feu d’artifice les premières fois, mais on pouvait espérer un minimum d’attention. Malheureusement, aucun mec ne m’en avait donnée. Je n’étais pas persuadée que sucer une bite avant de la recevoir dans mon ventre devienne une des priorités de ma vie future.

Non, les aventures cette semaine ne pouvaient en rien se comparer aux furieux coups de reins d’amants pressés. Chantal et Agnès avaient su se consacrer à mon plaisir, leur science m’avait ouvert la perspective de jouir de la vie à condition d’oublier les mecs de mon âge, un sacrifice que je pourrai supporter sans trop de mal.

Des ados sans expérience, les hommes se comportent mieux que ça.

Parler seule à mi-voix me tira un sourire un peu forcé. Combien en avais-je connu pour m’avancer ainsi ? Aucun, voici peut-être la raison qui avait fait de moi une proie facile pour des vieilles gouines esseulées.

Je vidai ma canette d’une traite. La bière ajoutée à quelques coupes de champagne offertes par Alain dans la journée me plongeait dans un état euphorique à peine visible, pourtant loin d’être négligeable. Qu’un excès d’alcool soit à l’origine de la disparition de mes inhibitions n’avait aucune importance, il était temps de repasser de l’autre côté du miroir, au moins d’observer de quoi le monde était fait. Un aller-retour dans la salle de bain s’imposait d’abord.

Je n’étais pas à Pigalle pour le shoping, les boutiques tiraient leur rideau de toute façon ; les touristes se demandaient où achever la journée, les noctambules cherchaient où la commencer. Les deux ethnies se jaugeaient du regard, se mêlaient parfois le temps d’un renseignement donné dans un anglais pouvant prêter à suspicion. Le hurlement d’une sirène capta les attentions le temps pour l’ambulance des pompiers de remonter la rue Jean-Baptiste Pigalle en direction de la place légendaire.

Mate comme elle est bonne.

Eh la minette ! Tu veux goûter de la bite ?

Un frisson désagréable, une frayeur irraisonnée (ou pas ?), je dépassai en vitesse les deux mecs adossés au mur d’un immeuble décrépis pour me fondre dans un groupe du troisième âge en route pour le Moulin Rouge. Ne pas me retourner, ne pas leur offrir la satisfaction de ma panique. Le calme se fit dans ma poitrine une centaine de pas pressés plus loin sur la place. La terrasse accueillante d’un bistrot dont le nom m’échappa fut l’occasion de reprendre mon souffle.

La plongée dans le monde hétéro commençait mal, la serveuse me surprit à rire de la mésaventure malheureusement banale.

Mademoiselle, vous désirez ?

Inconscience ou provocation, je ne bougeai pas quand elle se pencha pour jeter un coup de serviette humide sur la table et plongeai les yeux dans son décolleté, les jolis seins en liberté sous le tissu me provoquèrent.

Un demi s’il vous plait.

Mon regard poursuivit la silhouette longiligne, les épaules droites, le triangle du dos en transparence sous l’ample chemise de coton, les hanches délicates, les petites fesses moulées dans un jean. Elle revint rapidement avec la consommation. De mon âge, une adorable frimousse mise en valeur par les cheveux clairs mi-longs, des sourcils naturels bien dessinés, le regard bleu pétillant de malice, le nez fin moucheté de quelques taches de son sur une petite bouche insolente de sensualité, elle souriait comme une nana qui se savait belle mais s’en moquait.

Ça ne vous ennuie pas de me régler ? J’ai fini ma journée.

La mienne commençait. Venue dans le quartier sulfureux de Pigalle pour me rassurer sur une identité sexuelle remise en question depuis quelques jours, mon attention était irrésistiblement attirée par une nana ; de quoi rire ou hurler de rage.

Aucun souci. Je peux vous offrir un verre ? osai-je non sans une arrière-pensée déguisée en gentillesse gratuite.

La serveuse évalua ma proposition d’un regard déjà complice, le sourire canaille, le courant passait à merveille.

Je fais ma caisse et ce sera avec plaisir.

Le tutoiement s’était imposé d’entrée, facilité par notre jeunesse. Juliette, à l’instar de beaucoup d’étudiants, travaillait comme serveuse le mois de juillet avant d’intégrer pour la deuxième année l’université de la Sorbonne en section architecture. Le mois d’août elle le passerait en grande partie à Paris-Plage car son copain bossait tout l’été. Ainsi la belle jouait dans la cour des hétéros, tant pis.

Je veux être décoratrice d’intérieur, remarqua-t-elle avec l’aplomb de la certitude d’avoir fait le bon choix. Et toi ?

Réjouie par la sympathie de l’instant, je me laissais aller à certaines confidences sans bien sûr évoquer mes aventures ou mésaventures de la semaine, la grande question des recettes de la drague lesbienne ne se posait pas même si cette nana me faisait de l’effet, inutile de le nier.

Je cours les castings pour devenir actrice, je cherche aussi du boulot. Un oncle me prête son appartement mais il faut du fric pour vivre à Paris.

Tu as pensé à faire du mannequinat ou de la publicité ? Ça peut être un bon moyen de te faire connaître. Mais fais gaffe, au prétexte de casting certains demandent parfois des trucs crades aux nanas.

Juliette ne m’apprenait malheureusement rien à ce sujet. Après la nuit de jeudi chez Agnès, plusieurs agences et maisons de production avaient retenu mon attention, dont certaines près de chez moi dans le 11ème arrondissement limitrophe, autant commencer par ce secteur. En outre, la recherche d’un travail était une manière comme une autre de découvrir la capitale.

J’avais glissé du 11ème au 9ème arrondissement sans m’en rendre compte, à pied ou par le métro. Les touristes profitaient la journée de l’Opéra Garnier, de l’Hôtel Drouot, du musée Gustave Moreau et de celui de la vie romantique, les noctambules préféraient les Folies Bergère ou le Casino de Paris. S’il était facile de tomber sous le charme de cette ville magnifique, trouver un emploi s’avérait aussi ardu qu’ailleurs.

Pas question de perdre espoir malgré l’enchainement des déceptions. Ici on proposait de m’écrire dans quelques temps, là je devais ramener un book plus étoffé, partout des conseils accompagnaient les refus. Oh ! j’avais retenu deux fois l’attention, la première offre consistait en des photos de nu, la seconde émanait d’une production de films de charme au nom trompeur, très peu pour moi.

Le cul et le fric sont souvent liés, s’esclaffa bruyamment Juliette insensible aux regards. Une boîte recherche une barmaid, tu veux qu’on aille voir ?

« Débutante acceptée », voici ce qui m’avait décidée à patienter jusqu’à 22 heures et l’ouverture du club. Le Palais de Vénus se cachait derrière une épaisse porte de vieux bois sombre munie d’un soupirail grillagé. Le videur de corpulence moyenne vêtu avec élégance d’un polo blanc sur un pantalon de toile crème ressemblait peu aux gros bras coutumiers du profil.

On vient pour le poste de barmaid, précisa Juliette dont la présence s’avérait d’un grand secours.

Vous avez une pièce d’identité ? demanda le portier suspicieux devant notre air de gamines délurées.

Il se contenta d’un sourire d’une aimable discrétion à la vue de nos papiers puis se pressa de refermer derrière nous.

Le boss est au bar, réagit-il sobrement, bonne soirée.

Semblable à une poupée de luxe en vitrine d’un magasin, la préposée à la caisse et au vestiaire nous accueillit dans l’écrin ouaté de la réception d’une illade complice, rien de l’échange avec le videur ne lui avait échappé.

Passez le couloir puis à droite, vous trouverez M. Champlain derrière le comptoir à cette heure-ci.

J’aurai voulu montrer davantage d’assurance, ne plus sentir cette affreuse boule dans la gorge. Juliette m’entraîna par la main avec enthousiasme, son avenir n’était pas en jeu, je la suivis jusqu’à une grande salle semblable à celle de n’importe quelle boîte à part… La déco, pourtant dépourvue de vulgarité, m’interpella aussitôt.

De nombreuses reproductions photographiques d’étreintes plus ou moins impudiques tapissaient les murs, des canapés recouverts d’épais coussins moelleux entouraient un dancefloor au pied d’un podium équipé de trois barres verticales. L’espace à l’autre bout du comptoir était structuré en alcôves discrètes. Le Palais de Vénus était en fait le club échangiste à la dernière mode.

Bonsoir, gronda la voix grave d’un quinquagénaire accoudé au comptoir rutilant paré de napperons brodés, qu’est-ce que je vous sers ?

Mon amie vient pour le poste de barmaid, répondit Juliette du tac-au-tac. Elle a déjà une expérience de serveuse.

Seule, je n’aurais pas osé. À une table voisine, un vieux couple plus facile à imaginer au guichet d’une épicerie que dans un club échangiste nous dévorait du regard. La boule d’angoisse enfla dans ma gorge de m’imaginer soumise aux regards lubriques.

On ne vous demandera jamais autre chose que de servir des consommations, argua le patron attentif à mes réactions en remplissant trois coupes de champagne, la clientèle sait se tenir. Vous n’aurez aucun problème ici.

Le discours rassurant ressemblait à une publicité pour le club. L’apparente quiétude du personnel donnait envie de croire le patron sur parole, et la jovialité de la brunette employée à la préparation de cocktails colorés me retint de foutre le camp. Il m’observa sans détour de la tête aux pieds, visiblement satisfait de mon physique, avant de tirer un dossier cartonné de sous le comptoir.

Voici le contrat de travail et la clause de confidentialité, ramenez-les deux signés demain. La période d’essai est d’un mois.

On doit porter une tenue spéciale ? osai-je avec moins de conviction que j’aurais voulu en montrer.

Un tee-shirt vous est fourni, à porter sur une mini-jupe. La rémunération nette est de 1500 euros par mois, nos filles se font le double avec les pourboires.

La manière d’appeler le personnel avait quelque chose de dérangeant. Néanmoins, j’avais absolument besoin d’un travail pour démarrer une nouvelle existence dans des conditions acceptables.

Je n’ai pas de temps à vous accorder ce soir, poursuivit le patron dans un soupir. Vous travaillerez avec Catarina le temps de prendre vos marques. Ma chérie, gloussa-t-il à l’intention de cette dernière, je compte sur toi pour mettre notre amie à l’aise. Passez une bonne soirée, les filles.

Pourquoi tout le monde s’évertuait à nous souhaiter une bonne soirée ? J’aurais eu des questions mais mon interlocuteur ne m’en laissa pas le loisir. Il vida le contenu de sa coupe, nous gratifia d’une illade puis s’éclipsa d’un pas pressé.

Il est toujours comme ça ?

Ça dépend, souligna Catarina d’un sourire apaisant, à savoir s’il s’agissait de son véritable prénom, le boss est imprévisible. Il peut assurer le service au comptoir toute une soirée ou disparaître plusieurs jours.

Elle nous indiqua du menton une petite alcôve située au bout du comptoir opposé à l’entrée.

Allez vous asseoir le temps que je termine la préparation des cocktails, on fera le tour de la boîte ensuite.

On s’installa côte-à-côte sur la banquette adossée au mur porteur afin de s’autoriser une large vue sur la salle et le dancefloor où une demi-douzaine de couples se faisaient et se défaisaient comme dans les danses anciennes au cours desquelles les partenaires s’échangeaient régulièrement. Les femmes roucoulaient dans les étreintes successives d’être embrassées à pleine bouche, caressées avec plus ou moins d’audace, en partie dénudées par des mains pressées.

Je n’en savais rien, rougit Juliette mal à l’aise.

On avait eu du mal à trouver la porte d’entrée, aussi il n’était pas difficile de la croire sur parole, et son air déconfit la rendait craquante. Je me giflai mentalement d’avoir une pensée dont je souhaitais me libérer, du moins était-ce l’intérêt avoué de la soirée. On se sourit, de ce genre de gloussement qui amenait en général un fou rire partagé, quand un grognement provenant de l’alcôve voisine attira notre attention.

Insensible à une éventuelle présence, une blondasse nue s’offrait sur la banquette à deux hommes qui n’avaient pris que le temps de se débraguetter, la scène vue de profil à moins de deux mètres en paraissait vulgaire. Aucun des protagonistes ne semblait nous avoir remarquées.

Elle suce bien ! s’extasia le premier en appuyant sur la tête de sa victime obligée de gober l’engin jusqu’à la glotte. Encule-la !

L’autre obéissant glissa son membre entre les fesses blanches rebondies. Un cri me fit grimacer quand il força d’un coup l’étroit passage, le gland s’enfonça lentement dans l’illeton sombre.

Il ne va pas… susurra à mon oreille Juliette blottie contre moi.

Oh si ! Le salaud n’allait pas s’en priver. La jeune femme cambrée à son maximum ne put retenir un nouveau cri qui n’avait rien de plaisir. Elle resta sans bouger jusqu’à ce que son corps accepte la pénétration puis se concentra sur la présence imposante entre ses lèvres, comme si c’était un moyen d’oublier l’outrage.

Ah ! rugit l’homme satisfait d’imposer ainsi sa virilité. Tu aimes ça une grosse queue dans ton cul de chienne.

L’affirmation gratuite me glaça le sang. Qu’est-ce qu’il en savait ce macho ? Il ferait bien d’essayer avant de balancer des insanités pareilles. Quant à la vulgarité du langage, ce n’était pas l’apanage des adolescents. Me faire traiter de chienne ou de garce dans un moment aussi intime aurait suffi à transformer mon désir en dégoût. J’avais la triste impression d’entendre la bande son d’un mauvais porno comme les jeunes en mataient parfois lors d’une soirée, soit disant pour rendre les filles réceptives.

J’imitai Juliette en portant mon attention sur le comptoir, le seul endroit du club où la clientèle conservait encore un minimum de dignité ; pas besoin d’observer pour savoir ce qu’il se passait dans l’alcôve attenante. Décidément, cette soirée improvisée à Pigalle ne résolvait rien de mon problème, au contraire. Je regrettais les instants délicieux en compagnie d’Agnès.

Libertin ou pas, l’homme restait un dominateur dans l’âme. Non, il n’y avait rien de poétique dans cette copulation contre nature, pas tant par les actes en eux-mêmes que par l’abjection, la brutalité de la scène. Bientôt les voix se firent sourdes, les machos se vidèrent dans une nouvelle série de commentaires avilissants.

On se tassa sur la banquette l’air de rien, dans l’espoir de passer inaperçues, de nous déconnecter de la réalité présente. Un chimiste aurait pensé à des particules dans l’air qui chamboulaient le taux hormonal des clients, peut-être une drogue dans les verres les poussait à adopter ici un comportement jugé déplacé ailleurs. Je regardai le mien avec suspicion quand deux hommes à l’affût au comptoir nous remarquèrent.

On peut s’asseoir ? demanda un grand brun à la carrure de déménageur sans même attendre de réponse pour se poser face à moi.

L’autre, plus petit et ventripotent, s’installa près de son pote, la main glissant déjà sur la table à la recherche de celle de Juliette, cette dernière recula. Adossée à la banquette afin de maintenir une distance de sécurité, elle m’offrit le spectacle de sa panique. Pas question de laisser passer, je crachai mon venin sans me démonter.

Vous n’avez pas pu vous empêcher de venir nous faire chier !

Les deux lascars d’une bonne trentaine d’années portaient le costume à la façon des bureaucrates imbus de leur poste à responsabilité. La brillance dans le regard de mon accompagnatrice ajoutait à son charme naturel, mais à l’inverse, la lubricité dans les yeux de ces hommes les rendait moches.

Oh non ! Les fantasmes des libertins, la liberté sexuelle et la libre pensée, tout ça me donnait envie de vomir. Jamais je ne pourrai travailler dans un endroit où les femmes étaient sollicitées à chaque instant par des mâles libidineux en manque d’affection dont certains planquaient leur alliance afin de venir s’encanailler.

Au prétexte de payer des consommations hors de prix avec des cartes de société, ils se pensaient en droit de nous réclamer des compensations sexuelles à faire rougir une prostituée du Bois de Boulogne, bonjour les notes de frais.

Ici comme ailleurs, la femme restait un objet de désir que l’on pouvait s’accaparer, dont on pouvait se rendre maître pour un instant ou pour une nuit, contre une coupe de champagne ou un whisky bien tassé afin d’oublier l’amertume du foutre. Jamais je ne me rendrai complice de cet avilissement en bossant ici.

« On n’est pas intéressées, cassez-vous ! » me parut moins diplomate que la tirade digne du discours d’un ministre à l’Assemblée Nationale qui m’était passée par l’esprit, mais plus dissuasif.

Pourquoi vous êtes là ? osa le petit ventripotent désarçonné par ma réaction.

Juliette, écartelée entre rire et panique, se rapprocha sur la banquette jusqu’à souder son buste au mien. Le contrat de travail allait servir à quelque chose.

Serveuse, et le patron n’aime pas qu’on s’en prenne au personnel.

Les lascars désarçonnés disparurent.

Tu les as mouchés, chuchota ma complice à quelques centimètres de ma bouche, tu vas accepter le poste alors ?

J’avais temporisé quand le patron garantissait la tranquillité au personnel ; après tout, les serveuses ne pouvaient être tenues responsables des débordements de la clientèle. Maintenant, travailler dans un tel endroit c’était me rendre complice de l’avilissement de pauvres femmes, mon caractère me l’interdisait.

Mieux qu’un discours, je la pris par la main. On n’avait plus rien à faire dans ce club, ni elle ni moi.

Où rattraper ce début de soirée catastrophique ? Pigalle ne m’apparaissait plus une destination idéale. Le chauffeur de taxi nous déposa dans le Marais à 23 heures à mon initiative. Je jouais la sécurité près de chez moi. L’idée d’inviter Juliette dans mon nid m’effleura, mais la hantise de la précipitation fut trop forte.

Après quelques recherches sur le Net, je m’étais rendue à l’évidence que j’habitais le quartier gay de la capitale, un hasard bien sûr, mais il n’en serait peut-être pas de même dans l’esprit de ma nouvelle amie.

On marcha tranquillement jusqu’au bar d’Hélène ; l’idée de faire un tour au So What ou au 3 W Kafé m’avait effleurée mais l’ambiance ouvertement lesbienne le samedi soir risquait de desservir mon projet. Juliette me suivit en confiance, on s’installa à une table au fond de la salle après avoir commandé au comptoir. La modestie de la fréquentation me convenait très bien.

Mon invitée, le nez levé afin d’observer la serveuse déposer une bière et un jus de fruit, remarqua le drapeau arc-en-ciel pendu au plafond blanc qui m’avait échappé lors de ma visite avec Chantal.

Ce n’est pas ici que des mecs viendront nous déranger, rit-elle, même pas ceux qui auraient pu être intéressants.

Une question me tenaillait depuis un moment, elle ramenait toutes les discussions à son état d’excitation, à son désir de faire une rencontre. Rassurée de la voir prendre la chose avec humour, je tentai d’en savoir davantage.

Tu trompes ton copain souvent ?

Jamais, reconnut-elle sans se départir de sa bonne humeur. Mais j’avais mes règles cette semaine, comme elles sont douloureuses on n’a rien fait. Maintenant j’en ai envie alors je dois attendre son retour dans deux semaines. Ceux que je rencontre c’est pour discuter, pour déconner. Je me ferai du bien une fois rentrée.

Il ne fallait pas considérer la remarque comme une invite ; néanmoins, l’annonce de son programme m’émoustilla.

Tu te caresses souvent ? lui glissai-je à l’oreille. Tu dois être mimi à t’envoyer en l’air toute seule. Moi, c’est presque tous les jours.

En sous-entendu, on pouvait s’amuser toutes les deux si elle le souhaitait.

Tu ne penses qu’à ça, ma parole, s’extasia ma complice déconcertée. Je ne te savais pas obsédée à ce point.

Nos verres vides, je décidai moi aussi d’abandonner le jus de fruit pour une boisson plus corsée. L’accompagner pouvait décanter la situation, Juliette m’en remercia d’une illade prometteuse. Son comportement demeurait celui d’une jeune nana désireuse de s’amuser, rien n’indiquait une gêne quelconque.

Ouais ! Enfin moi je ne fréquente pas de club libertin, osai-je avec un peu de recul, espérant ne pas raviver un mauvais souvenir.

 J’écoutai ma copine parler un long moment, posant une rare question de temps à autre, ou répondant à ses interrogations. Elle finit par commander un café pour ne pas risquer la gueule de bois le lendemain. Sa contenance resta celle d’une fille euphorique, pas ivre pour autant. Plusieurs fois Juliette évoqua la particularité du lieu dans lequel nous nous trouvions sans jamais se moquer ni médire, intéressée tout de même par le côté sexuel de la chose.

Je ne veux pas casser l’ambiance, insista mon amie partagée entre le scepticisme et l’amusement, mais tu t’imagines embrasser des seins, brouter un minou ?

Ma première réaction fut de rire de l’orientation de la discussion, du franc-parler dont on abusait par facilité, ou peut-être pour masquer ma gêne de ne pas avoir osé quand l’occasion s’était présentée.

Tu crois peut-être que c’est mieux d’avoir une bite dans la bouche ?

Le gloussement de Juliette se confondit avec le mien.

On dirait que tu as essayé les deux.

J’ai sucé un mec une fois, dis-je après une inspiration comme pour une plongée en apnée, j’en suis dégoûtée. Je n’ai jamais léché une nana mais pourquoi pas.

Je n’ai rien contre, reconnut-elle à mi-voix de peur d’être entendue, c’est juste que j’aime les mecs, quoi. Et toi, pourquoi tu ne les aimes pas ?

Je lui racontai un mauvais souvenir du lycée : la main baladeuse sur mes fesses, la gifle donnée, une convocation chez le directeur avec le prof principal. L’interrogatoire se résuma en une question : « Quel était ce problème avec les garçons ? » J’avais fait preuve de naïveté en imaginant un peu de compassion. De plus, ces deux spécimens de bipèdes représentaient la caste des mâles. Bienvenue dans l’univers controversé des adultes en charge de l’éducation.

J’expliquai ma peur face au mépris, à la féodalité exigée par les jeunes coqs de l’endroit envers les filles, à la bestialité ressentie, aux regards insidieux, aux mains baladeuses et aux insultes face au refus de me laisser manipuler. C’était trop demander que d’exiger de moi autre chose que de l’effroi et du mépris.

Les deux hommes s’enlisèrent dans des explications scientifiques sur la puberté, le besoin de s’affirmer, la normalité de ces comportements. Le monde des adolescents ne se résumait pas à l’apprentissage des maths et du français, les petits garçons devaient faire leurs dents pour affronter un avenir incertain. Parfait ! Et aux filles dans tout cela, on leur enseignait la servitude ? À subir les outrages en silence ? À remercier les mâles de l’attention qu’ils daignaient nous accorder en nous reléguant au rang de vulgaires courtisanes ? À nous taire encore et toujours ?

Il n’y avait rien de normal à être la risée de la classe en voulant rester propre, rien de normal à traiter une fille de salope quand celle-ci se refusait, rien de normal à se faire peloter dans la cour ou à la piscine. Certaines acceptaient, grand bien leur fasse. Alors pourquoi ces machos s’attaquaient-ils à celles qui résistaient ? Pourquoi l’auteur de la main aux fesses n’avait pas été convoqué ? Tout cela n’avait rien de juste.

La menace de porter l’affaire devant mes parents puis à la gendarmerie incita les adultes à faire preuve de magnanimité. Le prof principal s’adressa à la classe, la paix revint. Trop tard et surtout absence de sincérité de sa part : la rebelle qui sommeillait en moi venait de s’éveiller.

Juliette me dévisagea un instant à analyser la teneur de ma confession, puis sa nature curieuse reprit le dessus.

Tu te fais jouir comment ? Moi, c’est en m’astiquant le bouton.

En fait d’obsédée, ma complice se posait là. Je n’avais pourtant pas le souvenir de l’avoir provoquée. Enfin ! Si cela lui faisait plaisir d’évoquer ce sujet en particulier, ça ne me dérangeait pas.

Moi aussi, comme la plupart des nanas je pense. Je me demande si le véritable orgasme vaginal existe en fait. Le point G, tout ça, c’est peut-être des fantasmes ou des divagations pures et simples.

Juliette, le visage soudainement torturé, commença à se dandiner sur sa chaise. Son mal être me mit en alerte.

Ça ne va pas ?

Elle pouffa avant de se pencher une nouvelle fois à mon oreille pour une confidence des plus inattendues.

J’ai envie de faire pipi mais je n’ose pas y aller toute seule. Tu m’accompagnes.

Ce n’était même pas une question, je ne pouvais pas la laisser ainsi.

Ma complice me tendit son sac à main avant d’entrer dans une des cabines.

C’est la bière, rugit-elle sourire aux lèvres.

 Insouciante ou débordante de confiance, elle fit tomber son jean et sa culotte sans prendre le temps de fermer la porte, puis commença à se soulager. Je tentai de contrôler mon regard mais celui-ci se porta d’instinct sur son intimité à nu. Jamais je n’aurais imaginé vivre une situation aussi invraisemblable.

La coquine continua à parler en soulageant sa vessie, ignorante de ma présence, comme si cette attitude se voulait normale. Enfin elle s’essuya par deux fois avec du papier toilette sans paraître satisfaite du résultat.

Tu peux me donner une lingette ?

Elle ne m’aurait pas demandé une cigarette sur un autre ton. J’ouvris son sac, trouvai l’objet en question, et n’eus d’autre choix que d’entrer dans la cabine pour lui donner. Juliette se redressa souriante, les cuisses écartées, le minou superbement exposé à mon attention, un triangle de poils clairs si minuscule qu’il ne cachait rien de sa petite fente. La première lingette utilisée finit sa course dans la cuvette.

Donne m’en une autre, gloussa-t-elle complice, je mouille.

La révélation eut l’effet d’un coup de tonnerre. N’y tenant plus, je fermai doucement la porte derrière moi après m’être assurée de notre solitude. Elle me regarda approcher, sans peur ni enthousiasme, dans l’expectative.

Ouvrant les lèvres intimes d’un doigt inquisiteur, j’en glissai un autre dans la vulve chaude et humide. Les chairs s’animèrent sous la sollicitation.

Hummm, gémit-elle au lieu de me repousser.

Le soupir m’invita à davantage d’audace, j’appuyai ma caresse. Juliette se pencha en avant par manque d’équilibre, le menton au niveau de ma poitrine du fait qu’elle se tenait accroupie, et s’accrocha à mes épaules. La caresse resta légère jusqu’à sentir sa cyprine sur mes doigts.

Alors, sans m’interroger sur ce que j’étais en train de faire, je la pénétrai du majeur et de l’index. Sous le choc de se sentir investie par une main autoritaire, Juliette leva vers moi des yeux brillants de désir, sa bouche forma un O de surprise muet quand son vagin aspira mes phalanges.

Je la masturbai vite et fort, à la recherche d’une délivrance rapide. Il ne s’agissait pas de la crainte d’une apparition, juste d’une volonté animale de la prendre ainsi, sans rien demander en retour que de profiter de sa jouissance. J’entrepris des caresses de la zone clitoridienne de mon autre main, le bouton quitta son capuchon. Mon amante ainsi branlée s’offrit sans détour.

Le résultat ne se fit pas attendre. Juliette ne tenta pas de retarder l’inéluctable de son plaisir. J’ignorais s’il s’agissait d’un orgasme véritable, mais les soudaines contractions sur mes doigts traduisirent son état de transe. Elle me tendit ses lèvres. On s’embrassa presque sauvagement, dents contre dents, langue contre langue, sans retenir des bruits de déglutitions. Sa bouche abandonna la mienne dès la fin des soubresauts de ses chairs malmenées, les yeux bleus brillaient d’une étrange intensité.

Juliette rajusta son slip et son pantalon sans même prendre la peine de se nettoyer avec la lingette que je lui tendais, le souffle de nouveau calme, comme si rien ne s’était passé. On se lava les mains côte à côte à l’unique lavabo, sans un mot ni un regard. Il ne restait de ce débordement qu’une odeur douceâtre de cyprine qui imprégnait la cabine dans notre dos.

On retourna s’asseoir le temps d’un dernier verre, personne n’avait remarqué notre absence ou personne ne s’en souciait. Juliette commanda un café, moi un autre jus de fruit. On tenta de reprendre notre discussion faite de futilités comme s’il n’y avait eu aucun intermède, l’esprit n’y était plus. Alors, pour la première fois depuis mon arrivée à Paris, je me sentis sincèrement malheureuse.

Je vais appeler un taxi pour rentrer, soupira Juliette.

Tu peux dormir chez moi si tu veux, il y a de la place.

L’invitation n’avait rien de déplacé, ça aurait été malvenu dans de telles conditions. J’étais prête à lui abandonner la chambre dont la porte était munie d’un verrou et à me contenter du canapé dans le salon.

Sa main caressa une seconde la mienne à plat sur la table puis, comme si le contact l’avait brûlée, elle se referma sur l’I pad dans sa gangue de protection rose.

Une autre fois. On échange nos numéros ?

Le chauffeur de taxi dont le sourire prouvait qu’il connaissait la particularité du bar ne montra aucune impatience, le compteur tournait. Juliette m’embrassa sur les joues comme une copine de longue date.

J’ai passé une soirée géniale. On s’appelle ?

Décontenancée de ne saisir aucune nuance dans le timbre de voix nonchalant, un peu trop sans doute, je refermai la portière sur un sourire trompeur.

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